BCRG: Les mesures courageuses qui ont permis d’approfondir le marché des échanges

La Guinée a pu se relever lentement des effets pervers de l’épidémie d’Ebola et de la chute des prix des matières premières. Ces deux chocs ont, en effet, ralenti son économie en 2014 et en 2015, a indiqué le Gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (Brcg), Lounceny Nabe. Ce dernier était obligé de prendre des mesures hardies afin de sortir la tête de l’eau.

 

Face à une situation de crise, il faut prendre des mesures urgentes. Cela, la Guinée l’a bien compris, elle qui a été durement frappée par les effets pervers de l’épidémie d’Ebola et de la chute des prix des matières premières qui ont entrainé la baisse du niveau des réserves de change à moins de deux mois d’importations. Ce qui a poussé la Banque centrale de la République de Guinée (Bcrg), explique le Gouverneur Lonceny Nabe, à prendre des « mesures courageuses » afin d’approfondir le marché des échanges notamment la modification de son mode d’intervention avec en filigrane la prise en compte des cycles économiques et budgétaires. 

Il en a résulté « une amélioration sensible du niveau des réserves internationales », indique-t-il. En effet, depuis janvier 2016, la Bcrg a instauré le Marché aux enchères bilatérales des devises (Mebd) en replacement du Marché interbancaire des échanges (Mic). Laquelle réforme a été associée aux instruments de la politique monétaire utilisé par la Bcrg pour la réalisation de l’objectif de stabilité des prix.

Fondement de la mise en place du marché aux enchères bilatérales des devises

Le Gouverneur de la Bcrg rappelle qu’entre 2009 et 2010, la gestion monétaire a été caractérisée par une « inflation galopante » qui reflétait alors l’instabilité du cadre macroéconomique de la Guinée. Pour y remédier, les autorités monétaires ont pris des mesures drastiques pour maîtriser les liquidités bancaires, renforcer les réserves de change et stabiliser la valeur du franc guinéen (Gbf) par rapport aux principales devises notamment le dollars US et l’Euro. Un Marché interbancaire des échanges (Mic) a été mis en place en en mars 2011, sur lequel la Bcrg vendait des devises aux banques de la place et aux bureaux de changes agréés pour satisfaire les besoins de leurs clientèle. 

Le Mic, note le Gouverneur de la Bcrg, a permis de « ramener le taux de change du dollars US qui avait atteint la valeur du Gnf 8.900 en mars 2011 à moins de Gnf 6.800 avant de se stabiliser au tour de Gnf 7.000 sur les deux marchés (officiel et parallèle). Les réserves de change qui valaient à peines deux semaines d’importations ont été reconstituées pour atteindre six mois d’importation à la fin de 2011. La prime de change qui était à plus de 20% a été supprimée ou réduite de manière très significative. Le régime de change est considéré comme stabilisé par les services techniques du Fonds monétaire international (Fmi) ».

C’est sur ces entrefaites que survint la maladie à virus Ebola avec pour conséquence, entre autres, la fuite des investisseurs et des capitaux. Plusieurs frontières, regrette Lonceny Nabe, ont été fermées aux Guinéens et à leurs produits. Pendant ce temps, les prix des matières premières ont chuté de manières drastiques. La tonne de fer est passée d’USD 167 à USD 57, et l’once d’or a perdu plus de USD 200 en 2015. Ce qui a contribué à réduire les réserves de change de la Bcrg, dans la mesure où les recettes budgétaires en devise de l’Etat sur lesquelles était bâti le programme public n’ont pas été encaissées.

« La capacité d’intervention de la Bcrg pour stabiliser le taux de change a été entamée, l’offre de devise se faisait de plus en plus rare face à une demande aux mieux stable. L’écart entre les taux des deux marchés (officiel et bureaux de change) a commencé à élargir  pour atteindre 13% en décembre 2015 », affirme le Gouverneur Nabe. C’est dans ce contexte que le Mic a été remplacé par un nouveau système d’adjudication bilatérale de devises dès janvier 2016. L’instruction n°056/DGCC/DCH/16 du 04 janvier 2016 a été prise dans ce sens, et la première séance a eu lieu le 08/01/16.

Fondement institutionnel du marché aux enchères bilatérales des devises

Le marché des échanges en Guinée, rappelle le Gouverneur de la Brcg, Lonceny Nabe, est constitué de deux segments bien distincts, le secteur bancaire et le secteur des bureaux de change. Ces deux segments agissent selon des règles distinctes. Le secteur bancaire opère selon les règles édictées par la Bcrg conformément aux dispositions de la Loi L/2013/060/CNT. Le secteur des bureaux de change est, quant à lui, régi par les instructions 025/DGEEM/RCH/11 portant règlement de l’activité des bureaux de change manuel. Au 22 septembre 2017, il existe 16 banques en activité et 43 bureaux de change.

Dans le cadre du nouveau système d’adjudication bilatéral de devises (Mebd), tout opérateur économique (institution, entreprise, particulier) dont le volume de transaction est supérieur ou égal à USD 50 000), a accès aux enchères par l’intermédiaire d’une banque. A cet effet, les banques doivent être en règle sur les positions de change pour éviter une prise de risque excessive, en profitant de l’accès plus facile aux devises pour constituer des positions de change disproportionnées. Aussi, sur le marché, chaque participant, indique-t-il, le montant qu’il souhaite acheter ou vendre ainsi que le taux de change proposé pour chaque offre. 

Les offres retenues sont exécutées suivant la méthode des adjudications compétitives à taux multiples (chaque offre retenue est exécutée au cours proposé) conduisant à la détermination du cours marginal de l’adjudication. Immédiatement après la séance d’adjudication, les résultats sont notifiés aux banques participantes, chacune en ce qui la concerne. De même, les résultats agrégés de la séance sont publiés en même temps au système bancaire.

Enfin, pour soutenir ce nouveau mécanisme et augmenter l’offre de devises, la Bcrg a pris des initiatives visant à rendre effectif le rapatriement d’exportation des produits agricole (café, cacao, anacarde, bois, caoutchouc, mangue, ananas…), miniers (or et diamant) et halieutiques (poissons). Elle a débuté également des actions vivant à rendre effectif l’application stricte de l’interdiction de la facturation et du paiement des biens et services en devises sur l’étendue du territoire national. Les activités des bureaux de change ont été limitées aux opérations de détail, soit USD 100 à l’achat et la vente par jour et par client.

Les résultats obtenus depuis la mise en place du Mebd

Suite à la mise place du nouveau système de cotation des devises suivant instruction n°56/DGCC/DCH/16 du 04 janvier 2016, l’écart de change entre les deux marchés qui était de 7,94% est passé à 1,07% le 30 juin 2017 puis à 0,38% à date. Si la prime de change a été réduite, consacrant ainsi l’unification des deux marché, force est de reconnaître que le Gnf s’est fortement déprécié (environ de 12%) au niveau du marché officiel et plus légèrement au niveau du marché parallèle (4%) qui finance l’essentiel des transactions (80%). Cette forte dépréciation s’explique, à en croire le Gouverneur Nabe, essentiellement par le renforcement, en 2016, du dollar vis-à-vis de toutes les monnaies sur le marché international et de l’ajustement du taux de change officiel au taux des bureaux de change. Ceci a fait que l’impact de la dépréciation du taux de change a été limité.

Par ailleurs, malgré un contexte économique toujours difficile, la Bcrg a réussi à augmenter ses réserves internationales nettes en 2016 et à satisfaire les critères de performances relatives à cet indicateur. « Entre fin décembre 2016 et fin juin 2017, les réserves internationales nettes ont augmenté de 9,64% pour se situer à USS 357,73 millions, soit 3,05 d’importations Caf », soutient le Gouverneur Lonceny Nabe, selon qui, à la différence du système d’allocation (Mic), les enchères de devises compétitives lui procurent en principes plusieurs avantages. Il s’agit notamment :

  • - Une plus grande transparence opérationnelle grâce à la simplification des procédures administratives (sur le plan temporel) ;
  • - Des conditions de concurrence plus équitables grâce à des règles d’allocation transparentes et à la publication des résultats des enchères ; 
  • - Une amélioration de la formation des prix reposant sur les mécanismes de marché ;
  • - Une capacité accru de la Bcrg d’acheter et de vendre des devises de façon souple sur le marché ; et 
  • - Une possibilité pour la Bcrg de maximiser ses recettes en négociant sur le marché plutôt que de subventionner ses contreparties.
  • - Dans ce cadre, la stratégie de la Bcrg à travers ce mécanisme consiste à étendre et approfondir le marché des échanges en limitant ses interventions.